Le billet d’humeur de Marc Fouquet du 17 mars 2026
Les usages abusifs de la résilience
Je l’avoue : je suis horripilé par l’usage, à tout bout de champ, du mot résilience ! Si, comme je le suis, vous n’êtes pas résilient ou résiliente c’est que vous êtes un être trop superficiel pour comprendre que l’évolution de l’Homme et de la société passe par-là !
Étymologiquement, la résilience du latin resilio, resilere, nous renvoie aux notions de rebond et de retour en arrière. Plus particulièrement, la résilience est la capacité physique d’un matériau à retrouver son état initial à la suite d’un choc ou d’une pression constante. On nous explique dans nombre d’articles conceptuels, foi d’experts, que la signification du mot a beaucoup évoluée. Certes, et c’est bien là tout le problème.
À l’origine donc, le mot résilience est une définition physique inhérente à la valeur caractérisant la résistance au choc d’un métal. On comprend parfaitement que cette définition ait été conceptualisée dans les années 1940 avec les études de René Spitz et Anna Freud à propos d’enfants placés en orphelinats, et ayant vécu des traumatismes pendant la seconde guerre mondiale. Ainsi, la résilience devient, en quelque sorte, la capacité à surmonter des chocs traumatiques. Sa généralisation permet de la définir comme la capacité d’une personne à surmonter les difficultés, à rebondir face aux épreuves et à se réadapter malgré les traumatismes. Pourquoi ne sommes-nous pas restés dans le seul domaine des psychotraumatismes ? Eh bien, la résilience fut étendue aux situations stressantes ! Je laisse aux savants et aux esprits forts le soin d’expliquer clairement ce qu’est une situation stressante, après avoir séparé le bon grain de l’ivraie ! Cependant, si j’en fais l’effort, je suis capable de comprendre que la psychologie est une vaste science et que cette extension est nécessaire, parce qu’il est globalement important d’aider à la diminution de l’impact du stress, de favoriser une meilleure santé mentale et d’améliorer les relations interpersonnelles.
Mais les choses ne s’arrêtent pas là ! Comme souvent, la propension à la généralisation est une porte d’entrée dans le flou et dans l’abus. Pour bien me faire comprendre je retiens, parmi d’autres, deux exemples qui me paraissent être des domaines sociétaux de l’organisationnel.
Il existerait des territoires résilients, c’est-à-dire des territoires confrontés à des crises, pour lesquels il suffirait de les déclarer résilients pour les aider à se relever du traumatisme des multiples et soudaines dépressions (sanitaires, économiques, sociales…) ! Certaines grandes villes allant même jusqu’à instituer une fonction d’adjoint au Maire en charge des quartiers apaisés : une formule de « design politique moderniste, » cachant une réalité plus crue de quartiers insécures minés par les trafics en tous genres. On nous dit que : « Dans une coconstruction plus d’une centaine de propositions existent, parmi lesquelles un calculateur de la résilience, un guide de l’aménagement urbain, une aide à l’utilisation des monnaies libres… et ce jusqu’à la gouvernance… » On croit rêver. Soyons sérieux, il appartient aux élus, aux administrations, aux institutions de ces territoires d’agir avec tous les instruments et actions des politiques territoriales et non d’entretenir les esprits dans un concept « fumeux » et, avant tout, je l’ai dit, psychologique.
On peut même visiter le Haut comité français pour la résilience nationale, installé par les plus hautes autorités de la République. Que nous dit cette organisation ? « Être préparé permet, lors d’une crise, d’aller de l’avant : favorisant « le ruissellement de la connaissance et l’appréhension de la crise ; le Haut Comité offre cette opportunité « d’ouvrir les écoutilles et agit auprès de l’ensemble de la société civile, du plus haut niveau de l’État jusqu’aux acteurs du terrain, qu’ils soient publics ou privés. » N’en déplaise aux concepteurs de ce qu’il faut bien appeler une politique publique : les fruits cultivés par ces laborantins ne me paraissent pas à la hauteur des vrais enjeux de notre économie et donc de notre politique sociale. Sur le concept de ruissellement en économie, on a bien vu ce que cela donnait ! On continue à penser, mais on n’agit pas ! À quoi servent ces machins que nous finançons sur les deniers de l’État ? That’s the question.
Marc Fouquet
Invité permanent de L’échiquier des idées
Écrivain et observateur de notre époque
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